Une rencontre qui n’avait rien d’artificiel
Le 19 septembre 2023, quelques jours avant l’ouverture de la Fashion Week de Paris, j’ai assisté au Pont Alexandre III à la soirée organisée par Lamborghini Paris pour les soixante ans de la marque. La Revuelto — premier supercar V12 hybride rechargeable (HPEV) de la maison — y était dévoilée aux invités parisiens, au milieu d’une rétrospective qui traversait l’histoire du V12 : de la 350 GT à la Miura, de la Countach à la Diablo, de la Murciélago à l’Aventador. Un défilé haute couture signé Dylan Parienty, dont la collection unique s’inspirait de l’esthétique de la maison au taureau, accompagnait cette traversée.
L’association aurait pu ressembler à un simple dispositif événementiel : placer deux univers désirables dans une même pièce et compter sur leur pouvoir d’image. Ce soir-là, la rencontre était plus juste. Les silhouettes, la voiture, les couleurs et les sons composaient un seul rythme. Ce qui m’est resté tient en une phrase : la mode et l’automobile ne parlent pas, elles montrent.
« La mode et l’automobile ne parlent pas. Elles montrent. »
Les courbures comme vocabulaire commun
Une carrosserie et un vêtement ne se construisent évidemment ni avec les mêmes matières ni selon les mêmes contraintes. Pourtant, le regard passe de l’un à l’autre avec une facilité surprenante. Il suit une courbe, mesure une tension, observe comment une surface conduit vers une autre.
Autour de la Revuelto, les silhouettes du défilé rendaient ce vocabulaire visible. La voiture n’était pas un décor posé derrière la mode. Elle proposait un autre corps, plus bas, plus anguleux, traversé par des lignes qui semblaient répondre aux mouvements des vêtements. La relation ne reposait pas sur une ressemblance littérale, mais sur une même recherche d’intensité.


Couleurs, sons, attitudes
La mode est souvent décrite comme un art visuel, alors qu’un défilé engage tout l’espace : le pas, la musique, la distance, le silence entre deux silhouettes. L’automobile possède elle aussi cette dimension sensorielle. Le son n’est pas séparé de la forme ; il lui donne une échelle et une tension.
Ce soir-là, les couleurs et les sons se répondaient. L’élégance ne venait pas d’une volonté de rendre la voiture plus douce ni la mode plus mécanique. Elle venait du respect de la force propre à chaque discipline. Chacune restait elle-même, et c’est précisément pour cela que leur dialogue fonctionnait.

Ce que les maisons partagent
Lamborghini se présente comme une maison au sens où Papier 383 emploie ce mot : un nom soutenu par des codes, une mémoire, une exigence de construction et la capacité de faire évoluer une identité sans la dissoudre. La Revuelto inscrit sa nouveauté dans un langage que l’on reconnaît avant même de lire l’emblème.
Une grande maison de mode poursuit le même équilibre. Elle doit surprendre sans devenir étrangère à elle-même. Cette soirée parisienne rendait cette idée concrète : l’innovation la plus convaincante n’efface pas la filiation, elle lui donne une nouvelle forme. Mode et automobile se rejoignaient alors au-delà du spectacle, dans cette discipline commune de la cohérence.
Sources & repères
